Popobawa


 Démon violeur et métamorphe responsable de multiples agressions en Tanzanie

Le popobawa (littéralement en kiswahili « aile de chauve-souris » ; pluriel : mapopobawa) est une créature qui serait responsable d’un grand nombre d’attaques perpétrées sur les habitants des îles de l’archipel de Zanzibar et des zones côtières de la Tanzanie.

Le popbawa s’infiltrerait dans des maisons durant la nuit pour s’en prendre aux habitants, quels que soient leur sexe ou leur âge. L’agression se manifeste sous des formes variées : simple griffure, étouffement, perturbation du sommeil du dormeur à la façon d’un poltergeist, voire même viol et sodomie…
Le popobawa peut attaquer toute une famille, avant de s’enfuir et s’en prendre aux résidents de la maison voisine ; des témoignages font également état de plusieurs personnes agressées simultanément en des endroits éloignés.

Le popobawa ne possède pas d’apparence bien fixée dans les témoignages. Le folklore l’explique par le fait que le monstre posséderait le pouvoir se métamorphoser : il peut ainsi aisément se faire passer pour un animal ou un homme. On peut cependant toujours le reconnaître à ses mains, dont les doigts seront longs et les ongles aiguisés.
Sous sa véritable forme, le popobawa est cependant souvent décrit comme une créature simiesque de petite taille, pourvus d’ailes de chauve-souris, d’un unique œil tel un cyclope? et d’une grande paire d’oreilles qu’il dirige comme bon lui semble.

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Vue d’artiste du popobawa

Suite à ces attaques, le popobawa est devenu une créature extrêmement crainte et de nombreuses crises de panique collectives ont eu lieu à travers la Tanzanie. Des familles entières passaient la nuit dehors, assises autour d’un feu à l’entrée de chez elles, scrutant l’obscurité avec la crainte d’en voir surgir le popobawa.

Fréquences et lieux des attaques

Malgré son statut de créature légendaire, le popobawa est d’une introduction récente au sein du folklore de la Tanzanie.
Ses attaques ont lieu par vagues périodiques, durant lesquelles un très grandes nombres de témoignages et de plaintes de victimes sont ainsi répertoriées. Entre ces périodes, il peut arriver qu’aucune attaque ne se produise durant plusieurs années.
Les attaques progressent généralement par zone géographique : elles concernent d’abord une ville ou un quartier, puis passent à un autre, et ainsi de suite.

Chaque période d’attaques du popobawa semble correspondre approximativement à une période de trouble politique (révolution, élections…). Elles ont ainsi été enregistrées :

  • en 1965, date à laquelle remontent les tous premiers témoignages connus sur le popobawa. Les attaques avaient un caractère sexuel très marqué, bien plus que lors des autres périodes d’agressions qui lui succédèrent. Le terme “popobawa” fut inventé à cette occasion.

L’année précédente, en 1964, avait eu lieu une révolution qui vit l’accession au pouvoir du Parti Afro-Shirazi dans l’archipel du Zanzibar (alors encore un pays indépendant) et le massacre de nombreux membres des communautés arabes et indiennes ; puis le 26 avril, la fusion du Tanganyika et du Zanzibar pour former la République Unie de Tanzanie.

  • dans les années 70 et les années 80, quelques témoignages isolés furent recueillis.
  • en février – mai 1995, qui constitue la plus grande vague d’agressions du popobawa ayant eu lieu jusqu’à présent. Les témoignages de type étouffement du dormeur/perturbation du sommeil furent particulièrement nombreux.

Les attaques commencèrent quelques mois avant que la toute première élection présidentielle multi-partis de la Tanzanie n’aient lieu.

  • en octobre 2000. Une seconde élection présidentielle multi-partis eut lieu ce même mois.
  • en juillet 2001. Quelques mois avant, en janvier, de violentes révoltes populaires avaient eu lieu suite aux résultats des précédentes élections présidentielles.
  • en février – mars 2007, la dernière vague d’attaques en date.

Le phénomène a connu au cours du temps une expansion croissante. Ainsi, alors que les agressions étaient à l’origine circonscrites à l’île de Pemba, des attaques furent également signalées en 1995 dans l’île voisine d’Unguja ainsi qu’en divers endroits de la côte de la Tanzanie (dont l’ancienne capitale du pays Dar-es-Salaam, et les villes de Tanga et Mombasa).
La vague d’agression de 2007, bien que d’une ampleur réduite, fut également très étendue puisque tout l’archipel du Zanzibar ainsi que Dar-es-Salaam furent touchés.

Détails et variations à la légende

Le mythe du popobawa est très hétérogène et présente de grande variations suivant l’époque et l’endroit considéré.
Le popobawa ne supporterait pas que l’on nie son existence ; plusieurs victimes ont prétendu que la créature les harcelait pour qu’elles parlent de leurs agressions à leur entourage.

Bien que le popobawa s’apparente à l’incube? chrétien, il est fortement ancré dans la religion musulmane. Ainsi, détenir ou réciter le Coran serait une des meilleurs méthodes pour éviter les attaques du popobawa.
Les premières agressions de 1995 eurent lieu pendant le début du Ramadan, et la créature fut nommé dans un premier temps sheit ani, à rapprocher de l’arabe الشيطان shaytan signifiant “démon”.
Une histoire populaire raconte que le popobawa est un djinn? libéré par un sheikh qui désirait se venger de ses voisins, mais il en perdit le contrôle et le popobawa reprit alors son libre-arbitre.

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Vue d’artiste du popobawa (Source : X-Project Magazine)

Le popobawa est également indissociable de la vie politique de la Tanzanie et du Zanzibar, et il se mêle souvent à diverses théories conspirationnistes impliquant le gouvernement du pays.

Une légende raconte ainsi comment durant les attaques de 1965, le Sheikh Abeid Karume – qui fut le tout premier président du pays – se serait déplacé en personne sur l’île de Pemba et aurait mis le popobawa au défi de venir à lui… ce que la créature n’aurait pas fait. Depuis 1995, de nombreux habitants de l’île de Pemba et certains membres d’un parti politique minoritaire, le CUF (Civic United Front) affirment que le popobawa était envoyé par le CCM (Chama Cha Mapinduzi), le parti politique dominant afin de détourner l’attention des habitants de l’archipel de Zanzibar des prochaines élections présidentielles et ainsi de garder le pouvoir.
Le Sheik Abeid Karume lui-même passe auprès de certaines personnes pour être un popobawa métamorphosé, dont la vraie nature est cependant révélée par l’important appétit sexuel du personnage.

Lors de la vague d’agressions de 1995, la panique fut telle chez les habitants de Zanzibar que des étrangers ont ainsi été attaqués, roués de coups par une foule hystérique qui les prenait pour des popobawa métamorphosés. Une personne fut même tuée durant une de ces émeutes ; la foule ayant pu constater que corps de l’infortuné était bien celui d’un être humain, une rumeur affirmait que le véritable cadavre du popobawa avait été escamoté par le gouvernement tanzanien et remplacé par la dépouille d’un homme quelconque.

D’autres légendes affirment au contraire que le popobawa trouve son origine dans des pratiques de sorcelleries : par exemple, des personnes malintentionnées se transformant en monstres au moyen de sortilèges, ou un sorcier ayant lancé une malédiction sur les îles de l’archipel pour se venger de ses habitants qui l’avaient humilié…

Point de vue sceptique

Les sceptiques pensent que les victimes du popobawa sont plus généralement atteintes de paralysie du sommeil, puisque les témoignages présentent souvent des similitudes avec cette pathologie : agressions lors de l’endormissement ou du réveil, sensation d’étouffement et d’écrasement de la poitrine du dormeur, impression d’une présence hostile, hallucinations auditives et visuelles…

Ils font également remarquer que le thème du popobawa est fortement influencé par la politique et la mémoire collective des habitants de l’archipel de Zanzibar et de la Tanzanie.
Depuis le XVIIIème siècle, la région a connu une histoire troublée, naviguant entre esclavage, colonialisme, guerres civiles… Tout changement politique est vécu avec appréhension par la population tanzanienne, qui exprime sa peur sous la forme d’hystéries collectives dont les attaques de popobawa en sont la manifestation visible.
La psychose, originaire de l’île de Pemba, se serait répandue dans les autres régions de la Tanzanie sous la forme d’une légende urbaine? et se serait rapidement enracinée dans la culture locale favorable à ce genre de mythes.

Benjamin Radford du Committee for Skeptical Inquiry? enquêta sur le terrain en 2007. Il précisa ainsi que contrairement à ce qui est souvent prétendu, il n’y a jamais eu de victimes du popobawa dans les hôpitaux de Zanzibar.

Source lien dossier N°1 : paranormal-encyclopedie

Source lien dossier N°2 : documystere

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